Vincent de Lavenère Le Chant des Balles Renaissance jonglée

Envoyant ses objets percuter des cloches béarnaises alignées en batterie ou jouant de sphères en osier emprisonnant des grelots, Vincent de Lavenère interprète des cantiques médiévaux et autres madrigaux renaissance, soutenu au luth ou au théorbe par le virtuose Eric Bellocq. Des suites minimalistes, à deux , trois, quatre, six balles ou zéro rythment la pièce, qui s'intitule Le Chant des Balles, une façon de dire qu'à tout prendre, s'il fallait absolument affilier le jonglage, ce ne saurait être qu'à la musique. Ni danse, ni théâtre, ni cirque . Et ne pas faire mode. L'art de Vincent de Lavenère réside dans cette quadruple indiscipline. N'est-ce pas courir le risque insensé de rabaisser l'acrobatie au rang de simple performance sportive et de ruiner en un instant deux siècles d'efforts acharnés pour l'anoblir ?

En assumant, Vincent de Lavenère parvient pourtant à évoquer des émotions que jamais aucun athlète, pas même le meilleur patineur " artistique " au monde, ne saura susciter. La beauté ne procède pas de la seule gratuité d'un geste ennemi des notes, des rangs et des podiums, mais d'une pensée du dépouillement.

Sobriété, transparence, rusticité : Vincent et Eric, mis en scène par Rémy Balagué, donnent l'impression de prendre les spectateurs pour des intimes qui les auraient priés à la veillée, de pousser la chansonnette. Nous recevons ce chant en offrande, comme si les artistes nous rendaient grâce d'exister. Douze heures pour élaborer vingt secondes de virtuosité absolue-celle qui se rend invisible-faites le compte : il y a pour plus d'un an de travail dans cette œuvre de soixante minutes. Ou plus exactement, vingt ans de formation dont pour Vincent, cinq au CNAC et dix de métier. On dirait son aisance insolente, s'il ne s'échinait à dédramatiser le moindre geste pour assurer le spectateur / auditeur de sa toute humaine fragilité.

Ce voyage dans le temps , jusqu'à ce XIII e siècle où jonglerie rimait encore avec musique, est un littéral enchantement. " De la musique avant toute chose ", écrivait Verlaine. Et pour cela préfère les chiffres pairs, corrige Lavenère. Le jonglage à trois, cinq ou sept balles concentre (l'énergie, l'identité éparpillée). Le jonglage pair dissocie. Le premier exorcise la schizophrénie, le second en joue. Il n'est pas sûr que le public perçoive une telle subtilité, mais elle est là avec son lot de questions aujourd'hui insolubles : est-ce le cerveau ou la psyché qui commande la prédilection pour certains nombres ? En tous cas, Vincent de Lavenère se les pose et son jonglage apparemment neutre, sympa et " anti-intellectuel " est celui d'un chercheur qui n'a pas fini de nous étonner.

Jean-Michel Guy, auteur, chercheur, in Arts de la Piste, Juillet 2000

Revue de presse

 

Renaissance jonglée, par Jean-Michel Guy dans Arts de la Piste, Juillet 2000

 

"Vincent de Lavenère mesure 1.87 m. Mais quand il fend l'air de son bras ganté d'un chistera, quand il bondit et se retourne comme une crêpe à un mètre du sol ou lance ses six balles au firmament, on lui en donne le double. Cet artiste très grand est aussi un très grand artiste".

 

 

 

   
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